24 avril 2009
Moisson d'avril...
Il n’aura échappé à personne que 3 jours de bivouac à la Gandara, c’est peu. Mais cela ne veut pas dire pour autant que notre petite équipe s’est tournée les pouces durant son séjour en Cantabria.
Tout d’abord, il y a eu une modeste participation à l’opération de coloration des pertes de la Lunada menée par nos amis de Burgos. Celle-ci a confirmé la relation avec la source de la Gandara et nous l’espérons, va initier une série d’autres expériences afin de mieux connaître le bassin d’alimentation de la source. Un compte rendu assez détaillé est présenté sur le site du G.E.E.( http://www.grupoedelweiss.com/)
Également, nous avons repris quelques recherches dans le secteur de Pepiones qui était un peu délaissé depuis l’exploration de la torca del Segador dans les années 1985. Cette zone assez dense en cavités se situe à l’aplomb des amonts du Cueto et pourrait livrer un accès plus direct aux terminus actuels.
- Compte rendu des explorations sur Pepiones :
- Mercredi 8 avril 2009
Participants : P. et S. Degouve
La neige est encore présente sur Pépiones et notamment dans les creux et dolines. Du coup, nous restons sur la partie basse et plus particulièrement la Garma de Bucebron où nous avions repéré quelques trous l'hiver dernier. Nous commençons par la torca 1297 qui semblait avoir du courant d'air en décembre. Sandrine s'y jette et constate aussitôt que le trou aspire fortement. A la base du premier puits (19m), elle tombe sur une longue diaclase percée de puits parallèles. Elle descend le plus évident et une vingtaine de mètres plus bas, se heurte à un passage étroit précédant un troisième puits. Sans moyen, la désobstruction s'annonce difficile. Elle tente un autre puits et finalement se retrouve de l'autre côté du passage récalcitrant. Malheureusement, la corde est trop courte pour parvenir au fond de cette nouvelle verticale. Du coup, nous en profitons pour fouiller le secteur et découvrons plusieurs puits intéressants dans le vallon voisin (1330 et 1331) ainsi qu'un gouffre déjà marqué, le BU5 (1332).
- Jeudi 9 avril 2009
L'objectif étant pour le moins intéressant, nous retournons à la torca 1297 que nous baptisons torca de la garma de Bucebron. Avec la nouvelle route, il faut moins d'un quart d'heure pour accéder à l'entrée. Sandrine commence à équiper les puits qu'elle avait reconnu la veille. Pour la circonstance, nous avons pris le perfo et des multi monti, ceux-ci nous ayant donné toute satisfaction dans la torca del Gran Damocles. Le troisième puits (28 m) est descendu dans la foulée. Au bas, je prends le relais et descends une belle verticale de 30 m, non sans avoir purgé le sommet dans lequel plongeait un éboulis menaçant. Au bas, le courant d'air s'enfile dans un méandre rapidement barré par un ressaut de 5 m. Nouvel élargissement suivi d'un méandre étroit. Sandrine s'y engage et parvient à progresser jusqu'à un passage étroit précédant un puits estimé à moins d'une dizaine de mètres. Pendant ce temps, je remonte le petit puits pour essayer d'atteindre le haut du méandre qui localement, semblait moins rébarbatif. Je grimpe de 5 m à l'aplomb de la corde et effectivement, je retrouve un conduit plus confortable qui ne tarde pas à recouper le puits entrevu par Sandrine. Nous rapatrions le matériel et équipons cette nouvelle verticale. Au sommet du puits, le méandre fossile semble se poursuivre, mais nous optons pour la descente car au bas, cela semble pénétrable. Effectivement, 17 m plus bas, nous tombons sur un méandre correct malgré quelques rétrécissements ponctuels. Nous n'avons pas progressé de vingt mètres qu'un nouveau puits nous barre la route. Légèrement actif, nous laissons tomber l'équipement hors crue pour une petite pointe de reconnaissance. Nous ne le regrettons pas, car 30 m plus bas (-135 m), le méandre se pince sérieusement et le courant d'air qui nous glaçait au sommet du puits est quasiment inexistant ici. Nous remontons en faisant la topo et en inspectant les lucarnes et surtout la suite du méandre fossile à -85 m dont l'accès ne devrait être qu'une formalité. Tout cela nous semble de bonne augure et nous ressortons 8 h plus tard avec la ferme intention d'y revenir rapidement, une jonction avec l'amont du Cueto n'étant pas improbable.
23 avril 2009
Gandara 100 km, et après ?
A priori, il n’était pas très évident de déterminer les objectifs pour notre bivouac pascal à la Gandara. En amont, la neige était encore abondante sur la Lunada et les risques de crue nous empêchaient d’aller traîner nos bottes dans les actifs de l’aval du réseau. Du coup, nous avons décidé de reprendre de façon quasi systématique l’exploration de certains secteurs. Bien sûr, l’objectif de dépasser la centaine de kilomètres ne pouvait être absent de nos préoccupations même si cela ne reste qu’un chiffre purement symbolique…Le premier objectif a donc été rempli sans difficulté, en revanche, nous avons bien cru ressortir de la Gandara sans avoir atteint les 100 km ce qui aurait été un comble au regard des explorations précédentes.
Finalement, le dernier jour de notre bivouac nous a sauvé la mise, et le développement actuel du réseau de la Gandara s’établit désormais à 100 566 m, et cela, un peu plus de 7 ans après que le passage ait été découvert dans la torca la Sima.(112 journées d’exploration).
De toute évidence, nous avons l’impression d’arriver à un palier dans nos explorations et nous avons conscience d’avoir « mangé notre pain blanc ». Les objectifs évidents ne sont plus légions, et passent par des escalades, des passages aquatiques voire siphonnant. Mais le potentiel reste inchangé et la campagne de colorations entamée par le G.E. Edelweiss devrait nous conforter dans l’idée que nous ne connaissons qu’une petite partie de ce karst fantastique.
Chronologie des explorations d’avril 2009
Participants : D. Boibessot, P. et S. Degouve, C. Philippe, J. Palissot
- Lundi 13 avril 2009
La météo ne permettant d'aller ni dans les actifs à cause du niveau élevé des rivières, ni dans les amonts en raison de la neige persistante, nous décidons de revoir le secteur du Grand Puits où il reste une poignée de points d'interrogation. Nous entrons assez tôt dans la grotte, profitant d'une éclaircie bienvenue. Au passage, nous constatons que l'éboulis d'entrée donne des signes de faiblesse. En moins de 3 heures nous sommes à l'emplacement du bivouac V que nous décidons d'implanter sommairement dans les grands laminoirs gréseux au-delà du Grand Puits. C'est assez central, il y a de l'eau à proximité et pas trop de courant d'air. De plus le sol sableux convient parfaitement aux karimats, ayant tous fait l'impasse sur les hamac par flemme de planter des spits. Dans la foulée, nous partons dans la galerie du Coccyx où Christophe, Adèle et Flora avaient entrevu un conduit prometteur. D'entrée, il faut un peu élargir le passage et la suite n'est guère plus vaste. Il y a bien une visée où nous parvenons à être debout, mais c'est très ponctuel. Nous finissons quand même par aligner 170 m de topo avant de retomber par un ressaut dans la galerie du Coccyx. Dans le même secteur, nous topographions un méandre qui rejoint la galerie inférieure.
Devant ces grandes découvertes, nous décidons d'aller voir le P.20 dans la galerie de la Myotte. Christophe s'y colle et nous le rejoignons rapidement dans une galerie correcte qui butte sur une escalade. Pas question de revenir, et nous envoyons notre Joker pour franchir l'obstacle. Dom est quand même obligé de planter un spit pour atteindre la galerie qu'on devine plus haut. Dans celle-ci, nous retrouvons des volumes intéressants. Nouveau puits et cinq mètres plus bas le conduit semble prendre de l'ampleur. Pendant que Christophe rassemble les longes des uns, les pédales des autres et tout ce qui ressemble à une corde pour franchir l'obstacle, je reporte rapidement la topo et constate que nous sommes à l'aplomb de la galerie de la Myotte. D'ailleurs Christophe tombe rapidement sur des traces puis un cairn topo. Voilà encore une série de points d'interrogation qui trouvent leurs solutions mais le résultat est bien maigre, 395 m de topo tout au plus.

La vire de la galerie de la Myotte
- Mardi 14 avril 2009
La nuit a été bonne et ce nouveau bivouac emporte tous les suffrages. Nous jetons notre dévolu sur la galerie 5.2 baptisée ainsi pour rappeler que nous sommes au moins 4 à dépasser la cinquantaine. Une fois sur place, nous reprenons un à un les départs négligés lors des premières explos. Le premier n'excède par 50 m, le second rejoint la galerie des Tuiles, le troisième est un shunt sans grand intérêt. Aussi, face à ces résultats minables Dom, Pépé et Christophe entament une désobstruction dans un boyau argileux pendant que Sandrine et moi terminons la topo. C'est étroit à souhait, il n'y a pas un pêt d'air et le conduit se termine en eau de boudin au bout de 20 m. Tout ça pour ça ! La Gandara ne nous avait pas habitué à ce genre de déconvenue. On ne va quand même pas ressortir avec un développement de 99,9 km. Mais tout le monde convient que 100,1 km paraîtrait plus que douteux. Alors nous nous reprenons les recherches qui nous amènent peu à peu dans la galerie de la Mésentente et le fond des Anesthésistes. Le coin est toujours aussi complexe et bien que notre mémoire présente certaine faiblesse, nous retrouvons quelques départs qui n'avaient pas été vus. Au final, ce n'est guère glorieux et nous ne trouvons que des conduits annexes et rien ne permettant de dépasser les trémies terminales. Nous rentrons au bivouac après 10 h d'explo (564 m topo) via la galerie de la Proue.

Bivouac V, du grand standing...
- Mercredi 15 avril 2009
Dernier jour de bivouac. Nous plions bagages et partons en direction de l'amont de la rivière du Grand Puits et le méandre des 2%. Au passage, nous topographions un laminoir parallèle sans grand intérêt. Au terminus du méandre nous pensons retomber assez rapidement dans la galerie de la Mère Denis. Mais en fait, il n'en n'est rien et le conduit décrit une large boucle avant que nous retrouvions des traces quelques 500 m plus loin. Nous revoici en territoire connu, mais pas pour longtemps, car Dom nous dégotte un petit boyau dont il a le secret et qui rejoint un beau conduit supérieur après quelques escalades scabreuses. Il n'a pas besoin de nous prier pour le rejoindre. En amont, la galerie prend l'allure d'un grand méandre creusé dans les calcaires et qui double la galerie de la Mère Denis, la dépassant même sur plus de 300 m. Nous nous arrêtons sur une trémie franchissable dans laquelle il faudra revenir.

Un quinqua dans la galerie 5.2
Patrick Degouve










