A priori, il n’était pas très évident de déterminer les objectifs pour notre bivouac pascal à la Gandara. En amont, la neige était encore abondante sur la Lunada et les risques de crue nous empêchaient d’aller traîner nos bottes dans les actifs de l’aval du réseau. Du coup, nous avons décidé de reprendre de façon quasi systématique l’exploration de certains secteurs. Bien sûr, l’objectif de dépasser la centaine de kilomètres ne pouvait être absent de nos préoccupations même si cela ne reste qu’un chiffre purement symbolique…Le premier objectif a donc été rempli sans difficulté, en revanche, nous avons bien cru ressortir de la Gandara sans avoir atteint les 100 km ce qui aurait été un comble au regard des explorations précédentes.

Finalement, le dernier jour de notre bivouac nous a sauvé la mise, et le développement actuel du réseau de la Gandara s’établit désormais à 100 566 m, et cela, un peu plus de 7 ans après que le passage ait été découvert dans la torca la Sima.(112 journées d’exploration).

De toute évidence, nous avons l’impression d’arriver à un palier dans nos explorations et nous avons conscience d’avoir « mangé notre pain blanc ». Les objectifs évidents ne sont plus légions, et passent par des escalades, des passages aquatiques voire siphonnant. Mais le potentiel reste inchangé et la campagne de colorations entamée par le G.E. Edelweiss devrait nous conforter dans l’idée que nous ne connaissons qu’une petite partie de ce karst fantastique.


Chronologie des explorations d’avril 2009

Participants : D. Boibessot, P. et S. Degouve, C. Philippe, J. Palissot

  • Lundi 13 avril 2009

La météo ne permettant d'aller ni dans les actifs à cause du niveau élevé des rivières, ni dans les amonts en raison de la neige persistante, nous décidons de revoir le secteur du Grand Puits où il reste une poignée de points d'interrogation. Nous entrons assez tôt dans la grotte, profitant d'une éclaircie bienvenue. Au passage, nous constatons que l'éboulis d'entrée donne des signes de faiblesse. En moins de 3 heures nous sommes à l'emplacement du bivouac V que nous décidons d'implanter sommairement dans les grands laminoirs gréseux au-delà du Grand Puits. C'est assez central, il y a de l'eau à proximité et pas trop de courant d'air. De plus le sol sableux convient parfaitement aux karimats, ayant tous fait l'impasse sur les hamac par flemme de planter des spits. Dans la foulée, nous partons dans la galerie du Coccyx où Christophe, Adèle et Flora avaient entrevu un conduit prometteur. D'entrée, il faut un peu élargir le passage et la suite n'est guère plus vaste. Il y a bien une visée où nous parvenons à être debout, mais c'est très ponctuel. Nous finissons quand même par aligner 170 m de topo avant de retomber par un ressaut dans la galerie du Coccyx. Dans le même secteur, nous topographions un méandre qui rejoint la galerie inférieure.


Coccyx_1
La galerie du Coccyx


Devant ces grandes découvertes, nous décidons d'aller voir le P.20 dans la galerie de la Myotte. Christophe s'y colle et nous le rejoignons rapidement dans une galerie correcte qui butte sur une escalade. Pas question de revenir, et nous envoyons notre Joker pour franchir l'obstacle. Dom est quand même obligé de planter un spit pour atteindre la galerie qu'on devine plus haut. Dans celle-ci, nous retrouvons des volumes intéressants. Nouveau puits et cinq mètres plus bas le conduit semble prendre de l'ampleur. Pendant que Christophe rassemble les longes des uns, les pédales des autres et tout ce qui ressemble à une corde pour franchir l'obstacle, je reporte rapidement la topo et constate que nous sommes à l'aplomb de la galerie de la Myotte. D'ailleurs Christophe tombe rapidement sur des traces puis un cairn topo. Voilà encore une série de points d'interrogation qui trouvent leurs solutions mais le résultat est bien maigre, 395 m de topo tout au plus.

Myotte1
La vire de la galerie de la Myotte

  • Mardi 14 avril 2009

La nuit a été bonne et ce nouveau bivouac emporte tous les suffrages. Nous jetons notre dévolu sur la galerie 5.2 baptisée ainsi pour rappeler que nous sommes au moins 4 à dépasser la cinquantaine. Une fois sur place, nous reprenons un à un les départs négligés lors des premières explos. Le premier n'excède par 50 m, le second rejoint la galerie des Tuiles, le troisième est un shunt sans grand intérêt. Aussi, face à ces résultats minables Dom, Pépé et Christophe entament une désobstruction dans un boyau argileux pendant que Sandrine et moi terminons la topo. C'est étroit à souhait, il n'y a pas un pêt d'air et le conduit se termine en eau de boudin au bout de 20 m. Tout ça pour ça ! La Gandara ne nous avait pas habitué à ce genre de déconvenue. On ne va quand même pas ressortir avec un développement de 99,9 km. Mais tout le monde convient que 100,1 km paraîtrait plus que douteux. Alors nous nous reprenons les recherches qui nous amènent peu à peu dans la galerie de la Mésentente et le fond des Anesthésistes. Le coin est toujours aussi complexe et bien que notre mémoire présente certaine faiblesse, nous retrouvons quelques départs qui n'avaient pas été vus. Au final, ce n'est guère glorieux et nous ne trouvons que des conduits annexes et rien ne permettant de dépasser les trémies terminales. Nous rentrons au bivouac après 10 h d'explo (564 m topo) via la galerie de la Proue.

BivouacV_1

Bivouac V, du grand standing...

  • Mercredi 15 avril 2009

Dernier jour de bivouac. Nous plions bagages et partons en direction de l'amont de la rivière du Grand Puits et le méandre des 2%. Au passage, nous topographions un laminoir parallèle sans grand intérêt. Au terminus du méandre nous pensons retomber assez rapidement dans la galerie de la Mère Denis. Mais en fait, il n'en n'est rien et le conduit décrit une large boucle avant que nous retrouvions des traces quelques 500 m plus loin. Nous revoici en territoire connu, mais pas pour longtemps, car Dom nous dégotte un petit boyau dont il a le secret et qui rejoint un beau conduit supérieur après quelques escalades scabreuses. Il n'a pas besoin de nous prier pour le rejoindre. En amont, la galerie prend l'allure d'un grand méandre creusé dans les calcaires et qui double la galerie de la Mère Denis, la dépassant même sur plus de 300 m. Nous nous arrêtons sur une trémie franchissable dans laquelle il faudra revenir.

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Un quinqua dans la galerie 5.2

En aval, nous espérons bien rejoindre la galerie 5.2 ou l'aval de la Mère Denis. La progression est agréable et la topo avance bien. Plusieurs ressauts équipés de façon peu académique nous barre la route mais toujours pas de jonction. Il nous faut encore progresser de 400 m avant de tomber sur des traces au pas d'un P.10. Nous avons fait plus de 1400 m de topo, et tout le monde est calmé sachant qu'en plus, il nous faudra sortir le matériel de bivouac. Finalement, nous revoyons le jour vers 21 h 00 après 12 h00 d'explo.

Patrick Degouve