Les explorations dans la torca de la Garma de Bucebron se sont poursuivies en juillet et août dernier. En 4 sorties, nous avons finalement réalisé la jonction avec les galeries du Cueto et ce, en deux endroits : dans la galerie des Vires à -470 m et dans la rivière suspendue du puits du Kas à -523 m. Ce nouvel accès offre donc une nouvelle traversée et fait passer le développement du réseau à 34 km pour une profondeur inchangée.

Chronologie des dernières explorations :

  • Mardi 7 juillet 2009

Participants : Javier Lopez Jorde, P. et S. Degouve
L'été à bien du mal à s'imposer et c'est encore sous un ciel chargé que nous entrons dans la torca. Cette fois-ci, le courant d'air est aspirant. En moins d'une heure nous sommes au terminus avec 200 m de corde. Sandrine poursuit l'équipement qu'elle avait commencé en juin. Le puits mesure 85 m ; c'est un gros tube fossile qui, à sa base mesure une dizaine de mètres de diamètre.

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Le puits de 85 m, dans sa partie basse.

Dans la foulée nous descendons un autre puits de 37 m, plein vide, et qui rejoint la base d'autres puits qui forment une salle parcouru par un petit ruisseau. C'est la fin des grandes verticales et le petit cours d'eau ainsi qu'un fort courant d'air aspirant nous guident vers un méandre devenant rapidement fossile, l'actif empruntant des conduits trop étroits. Après un changement de direction bien marqué, nous progressons désormais dans une diaclase qui s'enfonce peu à peu. A une soixantaine de mètres de la base des puits nous rencontrons un petit carrefour. Pendant que Javier et Sandrine reconnaissent la suite de la diaclase, je m'enfile dans une petite galerie descendante très sèche et tapissée de neige des cavernes. Un courant d'air soufflant très fort semble indiquer qu'il s'agit d'un amont. Après quelques mètres seulement je rejoins un conduit légèrement plus gros dans lequel il faut progresser en opposition. La manoeuvre n'a rien de compliquée mais quelle n'est pas ma surprise lorsqu'en m'appuyant sur la paroi opposée, mon bras disparaît dans la roche sur plusieurs dizaine de centimètres. En fait, celle-ci n'a plus de véritable consistance et s'écrase comme une meringue à la moindre pression. Apparemment, tout l'ancien concrétionnement qui recouvre le sol et les parois semble être dans un état de décomposition avancé.

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Gotzon joue les "passe-murailles" ; la paroi, d'apparence normale, ne resiste pas à la simple pression de la main et celle-ci s'enfonce de plus de 10 cm dans ce qui ressemble à une véritable meringue.

Afin de préserver cette curiosité en limitant le nombre de passages je préfère rejoindre les autres dans le conduit principal. Javier l'a reconnu sur une trentaine de mètres et s'est arrêté au sommet d'un puits. Nous le rejoignons avec le matériel et je reprends l'équipement. Après un départ étroit, il s'agrandit aussitôt et recoupe un petit actif qui pourrait venir de la galerie de la Meringue. Le puits fait 48 m de haut et se poursuit par un méandre dont la base est impénétrable. Mais en grimpant de quelques mètres nous parvenons à progresser sans difficulté malgré quelques remplissages glaiseux. Nous dévalons quelques petits ressauts, en utilisant de belles banquettes qui nous permettent d'éviter les parties les plus étroites. A - 420 m, nous parvenons au sommet d'un puits estimé à 25 ou 30 m, mais la dernière corde qui nous reste pend dans le vide à une dizaine de mètres du fond. Il ne nous reste plus qu'à remonter en faisant la topo. Trois heures plus tard nous sommes dehors.
TPST: 10 h

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La galerie du Riz Blanc à -350 m

  • mardi 14 juillet 2009

Participants: Javier Lopez Jorde, P. et S. Degouve
Cette fois-ci nous comptons bien mettre les bottes dans le Cueto car le report de la topo indique que nous sommes à l’aplomb des galeries terminales, dans le secteur de la galerie des Vires. En principe, nous devrions les trouver une cinquantaine de mètres sous notre terminus. Du coup nous avons emporté une corde de 80 m et nous en récupérons une autre de 20 m dans le méandre.

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Le P.37 à -291 m est le dernier de la première série de puits

A l’entrée de la torca, le courant d’air est presque imperceptible, et on ne le ressent véritablement que dans le méandre du Riz Blanc. En une paire d’heures nous sommes au sommet du puits qui nous avait arrêté à -420 m. Ici, le courant d’air est à nouveau très faible et ce constat nous inquiète un peu. Après avoir revu l’équipement pour gagner un peu de corde nous descendons cette verticale qui, comme prévu, mesure 24 m. Le méandre qui suit est impénétrable à sa base et il nous faut à nouveau grimper pour trouver un passage correcte. Nous n’avons pas progressé de 15 m, que déjà un nouveau puits se présente. En un rapide coup d’œil nous l’estimons à une vingtaine de mètres. En fait, il en mesure 65 et il ne reste plus grand-chose de notre corde de 80 m. Au bas, deux ressauts barrés par des étroitures nous permettent d’accéder à un méandre d’environ un mètre de large. Un rapide calcul nous permet d’estimer la profondeur à -520 m. Nous sommes trop bas pour tomber dans la galerie des Vires et en plus, le courant d’air est insignifiant. La jonction semble nous échapper…
Tant pis, à défaut nous partons dans le conduit qui s’avère relativement confortable dans sa partie supérieure. Nous avançons ainsi sur près de 150 m jusqu’à un ressaut de 8 m délicat à descendre. En cherchant le meilleur moyen de franchir l’obstacle, nous voyons soudain un minuscule fil blanc traverser la galerie, puis des traces de pas sur les banquettes argileuses. C’est gagné, nous venons de fonctionner avec le Cueto, mais pas là où nous le pensions. Javier, qui est un excellent grimpeur dévale le ressaut sans sourciller et nous confirme la présence de traces. Il fait une rapide reconnaissance dans l’aval ce qui nous permet de penser que nous sommes probablement dans l’amont du ruisseau Suspendu. Il ne nous reste plus qu’à rebrousser chemin en faisant la topo et en déséquipant les 150 m de puits qui nous séparent du méandre du Riz Blanc dans lequel disparaît une bonne partie du courant d’air. Pour agrémenter la sortie, Javier à le malheur d’échapper son baudrier dans la partie impénétrable du méandre juste en bas du P.65. Il s’ensuit une laborieuse séance de pêche à la ligne qui, heureusement, se termine bien. Vers 18 h nous sommes au bas des grands puits et nous retrouvons le jours 2 h plus tard (TPST : 11 h) en ayant déjà programmé une autre sortie pour essayer de rejoindre directement les grandes galeries fossiles.

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Javier dans l'étroiture de -80 m

  • mardi 21 juillet 2009

Participants:Javier Lopez Jorde, P. et S. Degouve
Nous entrons dans la torca vers 9 h 30 sous une chaleur lourde particulièrement propice aux courants d'air.
Cette fois-ci,nous descendons presqu'à vide car toutes les cordes et tous les équipements sont restés à -350 m. En une petite heure nous sommes au départ du méandre du Riz Blanc. Au carrefour avec la galerie de la Meringue nous constatons que l'essentiel du courant d'air provient de cette dernière. Une partie remonte les puits de la torca, l'autre file vers l'aval, dans la branche qui rejoint le ruisseau suspendu mais aussi dans la suite fossile du méandre du riz Blanc que nous sommes venus explorer. Nous reconditionnons le matériel et emportons environ 120 m de corde, ce qui devrait être suffisant pour rejoindre les niveaux fossiles du Cueto.

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Le P.11 à - 200 m.

Le méandre est assez confortable, bien qu'il ne soit guère possible de progresser au fond. Rapidement nous tombons sur un premier puits que Javier descend en désescalade. Quinze mètres plus bas et après un rétrécissement, il s'arrête sur un autre puits de 15 m sans air. Nous n'insistons pas et de toute façon nous pensons être trop proches des puits explorés les sorties précédentes. Nous préférons donc poursuivre le méandre bien que le courant d'air reste encore trop discret à notre goût. Une vingtaine de mètres plus loin, une petit puits doit être équipé. La pente s'accentue et après quelques ressauts, nous voici au bord d'une verticale plus conséquente. Sandrine qui en a marre de porter des gros sacs se propose de l'équiper. Le début n'est pas direct et elle est obligée de multiplier les fractionnements. C'est grand, et une cascatelle provenant d'un puits parallèle accompagne la descente. Visiblement, tout ne se passe pas comme elle voudrait et près d'une heure plus tard, elle remonte en nous annonçant que la corde ne va pas au fond, mais qu'il en reste une petite dizaine de mètres au dernier fractionnement qu'elle n'a pa utilisée afin d'éviter un nœud plein vide. Elle n'est guère motivée mais me pousse à aller y jeter un œil. Sans grande illusion, je redescend à vide, libère les quelques mètres de corde disponibles et entame la descente. Arrivé au nœud, il est évident que la corde n'arrive pas au fond. Mais il y a un élargissement plus bas où je devine de l'argile et il pourrait même s'agir d'un conduit fossile. Je passe le nœud et descend plein vide dans un gros tube qui communique avec d'autres puits parallèles tout aussi imposants. Le nœud n'est plus qu'à 10 m lorsque devant moi apparaît une énorme ouverture communiquant avec un grand canyon fossile. Je me laisse glisser jusqu'au nœud et parvient tout juste à atteindre un grand palier qui domine la galerie. Je libère la corde et pars en reconnaissance, mais impossible de descendre de mon perchoir sans matériel. Heureusement, ma Scurion me permet de voir distinctement des trâces et je reconnais rapidement le premier grand virage de la galerie des Vires. C'est gagné et cette nouvelle jonction tombe à l'endroit même que nous avions envisagé. Nulle doute que cela fera une superbe traversée. Je remonte en déséquipant le puits (90 m) et annonce la bonne nouvelle à Javier et Sandrine. Nous faisons demi-tour en terminant la topo et comme il nous reste du temps et de l'énergie, nous allons explorer la galerie de la Meringue. Le courant d'air y est extremement fort. Au début, les parois sont complètement pourries et se désagrègent au point qu'il est parfois difficile de progresser notamment lorsqu'il s'agit de faire quelques petites escalades. Heureusement, plus loin, la galerie prend la forme d'un haut méandre plus conventionnel, et au bas duquel coule un joli actif. Nous le remontons sur plus de 200 m, jusqu'à des bases de puits au sommet desquelles ont distingue très nettement une suite pénétrable bien qu'étroite (méandre). Revenus à la base des grands puits, nous commençons à remonter une partie du matériel pour explorer plus tard le puits parallèle au P. 85. Nous ressortons vers 21 h après 11 h 30 d'explo et un peu plus de 430 m de topo.

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La petite vire au sommet du P.17.

  • Jeudi 20 août 2009

Participants: G. Aranzabal, P. et S. Degouve, J. Lopez Jorde
Déséquipement de la torca de la Garma de Bucebron. Gotzon est venu nous prêter main forte et nous ne serons pas trop de 4 pour ressortir les 500 m de cordes qui restent dans le trou. En plus, nous voulons en avoir le cœur net sur le puits parallèle au P.85, à -200 m. Aussi, nous avons redescendu le perfo et quelques amarrages en plus. Pendant que Sandrine et Javi se préparent à équiper ce puits, Gotzon et Patrick filent dans la galerie du Riz Blanc pour faire quelques photos et récupèrer le reste du matériel. Au passage, ils constatent que le puits que s'apprêtent à descendre les autres redonne directement au bas du P.37. Inutile donc de s'embêter à l'équiper, il ne reste plus qu'à déséquiper la cavité. Sandrine et Javi effectuent un premier portage jusqu'àprès l'étroiture de -80 m et redescendent à -180 m pour récupèrer les sacs de Gotzon et Patrick. Nous serons ainsi obligés de faire plusieurs navettes pour sortir tout le matériel. Finalement, contre toute attente, l'affaire est bouclée en un peu plus de 6 heures.

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Gotzon au bas du P.60 lors du déséquipement.


Patrick Degouve